Bonjour, je suis le scribe Djehouty, et voici ma rubrique 😉.
Temps de lecture : 5 minutes
Entrons un peu (mais juste un peu …) dans le vif du sujet.
Vous ne le savez pas encore, mais vous pouvez déjà comprendre certains hiéroglyphes. Peut-être même beaucoup (mais ne vous emballez pas trop vite quand même …). Sans étude préalable, vous savez par exemple reconnaître les mots « canard », « bateau », « œil », « bouche », « arbre », … car ils s’écrivent – ou se dessinent – respectivement avec un canard, un bateau, un œil, une bouche, un arbre, …
Les idéogrammes sont des hiéroglyphes qui notent des mots désignant directement l’objet, l’idée, le concept, … Ces mots peuvent être concrets comme ci-dessus, ou abstraits comme par exemple l’air, le vent ou le souffle, que l’on représentera par le hiéroglyphe d’une voile gonflée.
Prenons un exemple concret : pour écrire le mot « bouche », le scribe va dessiner … une bouche. Et pour montrer qu’il faut réellement comprendre « bouche » et pas autre chose (car ce signe peut revêtir plusieurs significations), le scribe va ajouter généralement un petit trait en-dessous, qu’on appelle « trait diacritique ». Comme ceci :

Facile, n’est-ce pas 😊 ?
Mais un système d’écriture limité aux seuls idéogrammes ne saurait transmettre un texte élaboré avec des idées complexes ou trop abstraites. Vous pouvez essayer, vous n’y arriverez pas.
Il faut donc autre chose … 🤔
Les hiéroglyphes fonctionnent aussi avec des phonogrammes : des signes utilisés pour leur valeur phonétique. En tant que tels, ils ne sont porteurs d’aucun sens, juste d’un son, qui repose sur une consonne (ils sont alors dits « unilitères »), deux consonnes (« bilitères »), trois consonnes (« trilitères »), plus rarement davantage.
La bouche ci-dessus possède ainsi la valeur phonétique « r ». C’est un signe unilitère. Il peut fonctionner seul ou entrer dans la composition de nombreux mots contenant le son « r ».
Voici maintenant un plan de maison :

Sa prononciation repose sur deux consonnes : p et r, donc « pr » (notez que pour faciliter la lecture des mots à plusieurs consonnes, il est d’usage de glisser de façon conventionnelle un « e » entre celles-ci). Nous lisons donc « pèr » (translittération : « pr »). C’est un signe bilitère. Accompagné d’un trait diacritique, il signifie « maison ».
Vous suivez toujours ?
Un même hiéroglyphe-phonogramme peut avoir plusieurs valeurs phonétiques différentes (oui, ça se complique 😯 …). Pour les distinguer, un hiéroglyphe possédant cette caractéristique peut être accompagné d’un autre hiéroglyphe (voire plusieurs !) qui va agir comme un redoublement consonantique et va permettre de préciser la lecture afin de lever toute ambiguïté.
Exemple : voici un signe qui représente un sceptre.

Il possède trois valeurs phonétiques : aba, sekhem, khérep. Laquelle choisir ? Bien sûr, le contexte va permettre de lever le doute mais souvent, le scribe va nous aider … Supposons que ce soit la valeur sekhem qui s’applique, le scribe va nous guider et va redoubler la dernière consonne (= redoublement consonantique). En l’occurrence, il s’agira d’un « m ». En égyptien, le « m » s’écrit avec une chouette. Ce qui donne :

Sympa, le scribe 👍.
A noter que le redoublement consonantique ne se lit pas et ne se translittère pas.
Sekhem est le nom d’un sceptre, emblème d’autorité. C’est aussi la racine de la puissance. Le nom de la déesse Sekhmet est construit sur cette racine : c’est « la Puissante » !
Allons un peu plus loin. Le ou les compléments sont également utilisés pour former un cadrat, c’est-à-dire un agencement harmonieux des signes en carré. Parfois, ils sont totalement inutiles à la lecture, comme dans l’exemple suivant, bien connu :

Le premier signe représente un cœur et une trachée. Il possède la valeur n+f+r, soit « néfèr » (translittération « nfr », c’est un signe trilitère). C’est un signe très courant qui ne possède qu’une seule valeur phonétique. Impossible donc de se tromper, il peut parfaitement fonctionner seul.
Toutefois, il est régulièrement accompagné d’un serpent céraste (appelé aussi vipère à cornes, une vilaine bête … Les scribes lui plantent parfois un couteau dans le dos pour le neutraliser magiquement !) qui porte la valeur phonétique « f » et de la bouche « r ». Le tout devrait donc se lire (n+f+r)+f+r – « néferfer » mais vous savez depuis l’exemple précédent que les redoublements consonantiques ne se lisent pas. Il faut donc simplement lire « néfèr ». Le serpent et la bouche sont parfaitement inutiles, sauf à former un cadrat ou à combler un vide. Ils sont ici compléments consonantiques du premier signe mais franchement, en l’occurrence, totalement superflus.
Nefer signifie notamment « beau », « parfait » et entre dans le nom de personnages célèbres. Pensez à Nefertiti, par exemple.
Arrivent enfin les déterminatifs ou classificateurs (courage, c’est la dernière catégorie). Ils vont permettre de ranger le mot qui précède dans une classe bien précise (par exemple, une classe liée au mouvement, au fait de manger, de construire, une classe liée aux métaux précieux, aux documents, …) . Il ne se lisent pas non plus, ni ne se translittèrent. Ils sont très pratiques, car étant donné qu’ils se placent à la fin des mots, ils permettent de savoir où se termine le mot et où commence le mot qui suit.
Reprenons le signe du plan de maison et ajoutons-lui deux petites jambes en déterminatif :

Les deux jambes indiquent que le mot qui précède (qui peut être un hiéroglyphe ou plusieurs) fait partie de la catégorie « mouvement ». Effectivement, « pèr » sous cette forme, ne signifie plus « maison » mais « sortir » (et pas nécessairement d’une maison).
Notez que le signe de la maison peut être accompagné du complément consonantique (ou phonétique) « r ». Il peut même être accompagné de deux signes « r » mais ça, c’est une autre histoire, que nous vous raconterons volontiers au premier cours de deuxième année …
En résumé, un texte hiéroglyphique se base sur un ensemble d’idéogrammes, de phonogrammes, de compléments consonantiques (ou phonétiques) et de déterminatifs ou classificateurs. Beaucoup de signes se retrouvent dans différentes catégories. Et une bonne partie de ces signes … ne se lisent pas !
Ce fut là tout le génie de Jean-François Champollion, comprendre que (je le cite) :
« L’écriture sacrée égyptienne comptait en effet trois classes de caractères bien tranchées :
1° les caractères mimiques ou figuratifs ;
2° les caractères tropiques ou symboliques ;
3° les caractères phonétiques ou signes de sons »
« Une écriture tout-à-la-fois figurative, symbolique et phonétique, dans un même texte, une même phrase, je dirais presque dans le même mot »
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Hiéroglyphiquement vôtre,
