Bonjour, je suis le scribe Djehouty, et voici ma rubrique 😉.
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« Je lis les hiéroglyphes ». Tel est le titre d’un (excellent !) petit livre que Jean Capart a publié en … 1946. Il savait de quoi il parlait, puisqu’il était égyptologue, directeur de la Fondation (auj. Association) Egyptologique Reine Elisabeth et conservateur en chef honoraire des Musées Royaux d’Art et d’Histoire de Bruxelles.
Depuis lors, beaucoup d’ouvrages de vulgarisation ont vu le jour !
« Je lis les hiéroglyphes ». C’est peut-être aussi votre souhait le plus cher ! C’est aujourd’hui à votre portée. Oui, vous lisez bien : c’est à votre portée !
Mais ne croyez pas que la lecture d’un livre, aussi bon soit-il, vous permettra de déchiffrer les monuments de l’Egypte aussi facilement que si vous lisiez un roman de Christian Jacq. Sans parler des papyrus écrits en signes cursifs !
Car les hiéroglyphes, c’est une langue à part entière. Enfin, plus exactement, une écriture. Car au risque de vous décevoir, nous ne savons pas comment les Égyptiens prononçaient leur langue. Ils nous ont transmis beaucoup de connaissances, mais pas de trace d’enregistreur ou d’Alphabet Phonétique International (API – Note pour les informaticiens : à ne pas confondre avec API – Application Programming Interface 😉 …).
Dans un texte égyptien, nous avons juste un « squelette consonantique », une suite de consonnes, sans aucune voyelle. Car oui, aussi surprenant que cela puisse paraître, les scribes égyptiens n’écrivaient pas les voyelles. Pas besoin.
Je vous entends déjà …
« Oui, mais alors, comment lire un texte et le vocaliser ? »
Nous pouvons faire certains recoupements avec le copte, qui est la langue des chrétiens d’Egypte et la dernière phase du développement linguistique de la langue égyptienne, où les scribes ont eu le bon goût de les écrire, ces voyelles absentes des textes pharaoniques ! Mais c’est de l’égyptien très tardif. Dans la majorité des cas, nous en sommes réduits à des conventions, qui ne font d’ailleurs pas toujours consensus entre les égyptologues.
Pour restituer un texte écrit en hiéroglyphes, il faut passer par la translittération, un système qui écrit les consonnes et semi-consonnes (aleph, yod, ayin, waw). Pour la lecture, un « e » est conventionnellement – et artificiellement – ajouté entre celles-ci.
Notez que l’absence de voyelles à l’écrit n’est nullement une exclusivité de l’Egypte antique. Encore aujourd’hui, c’est une caractéristique de l’arabe et de l’hébreu, notamment, qui utilisent un système appelé « Abjad » (acronyme qui repose sur les 4 premières lettres de l’alphabet sémitique : alif, ba, jim, dal pour l’arabe ou aleph, beth, gimel, daleth pour l’hébreu).
L’égyptien hiéroglyphique, c’est donc une langue mais surtout une écriture (sans voyelle, vous l’avez compris), avec ses règles grammaticales qu’il faut connaître et maîtriser. Rassurez-vous, il n’y a pas de conjugaison compliquée, pas de déclinaisons comme en grec ou en latin, pas réellement d’orthographe figée. Ouf !
Petite particularité à signaler, tout de même : le sens de l’écriture peut aller de droite à gauche, de gauche à droite, de haut en bas, rarement de bas en haut et encore plus rarement en oblique ! Le sens de lecture peut même parfois être contraire au sens attendu ! Et pour couronner le tout, pas d’espace entre les mots ni entre les phrases, et pas de ponctuation.
Les scribes égyptiens adoraient aussi les jeux de mots et s’adonnaient volontiers à la cryptographie ! Que du bonheur !
L’apprentissage des hiéroglyphes va donc vous demander un peu – beaucoup – de persévérance. Et lorsque, plein d’assurance après de longs efforts, vous pourrez enfin proclamer :
« je lis les hiéroglyphes ! »
il y aura toujours quelqu’un pour vous répondre :
« A quoi ça sert ? »
Eh bien, je vais vous le dire.
A rien.
A moins d’être égyptologue de profession, ce n’est pas avec vos connaissances nouvellement et laborieusement acquises que vous remplirez votre frigo. Elles ne vous permettront pas non plus d’obtenir une augmentation de votre employeur.
Mais l’apprentissage des hiéroglyphes vous hisse au sommet de la pyramide (tiens, tiens …) de Maslow : le besoin d’accomplissement de soi. Vous cherchez à élargir vos horizons et à nourrir votre esprit. Pour le simple plaisir d’apprendre et de comprendre. C’est beau, non ?
Savoir lire les hiéroglyphes transforme radicalement votre rapport aux vestiges du passé. Les murs des temples, les parois des tombes, les stèles et sarcophages deviennent des livres ouverts où chaque groupe de signes raconte une offrande, proclame la gloire d’un roi ou d’une reine, invoque dieux et déesses ou relate une bataille célèbre (quitte à l’enjoliver un peu …). Ce contact direct supprime la distance des siècles et insuffle une vie immédiate à des textes qui, soudainement, s’animent et reprennent vie.
Et là, c’est un horizon infini qui s’ouvre à vous !
Envie d’en savoir plus ? Rejoignez-nous !
Egyptologiquement vôtre,
